Vendredi 8 mai 2026
Tout est parti d’une observation sur les personnes dans ma vie qui m’ont profondément touchée.
Je pourrais dire aujourd’hui que chacune d’elles m’a permis de faire l’expérience d’un amour singulier : sans attachement, sans jalousie, sans possession.
Et ce n’est qu’aujourd’hui que je peux le voir… depuis que je regarde non plus depuis l’extérieur mais depuis l’intérieur… depuis mon axe.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai vécu chacune de ces rencontres profondément… et je réalise que c’est la chance que j’ai eu… rencontrer très probablement ces personnes avec qui, ma porosité était plus grande pour pouvoir être traversée par un amour profond… et quand je parle de porosité, je parle de quelque chose qui tient de la présence… une présence… une disponibilité à Soi et à cet Autre…
Chaque rencontre a commencé par la reconnaissance mutuelle d’une certaine profondeur… les mots mais aussi, au delà des mots quelque chose qui vient de loin et touche quelque chose de très profond en moi...
Pour ma part, c’était intense sans pour autant me déborder… je ressentais un amour profond pour ces personnes… et que cela soit réciproque à hauteur de ce que je pouvais ressentir ou pas n’avait aucune importance.
Étrangement, si mon expérience parlait d’amour pur… ma croyance restait celle de l’amour romantique : un amour destiné… un amour dirigé… un amour avec objet… l’amour transitif… Et j’ai donc longtemps cru, à chaque fois, que j’étais amoureuse sans jamais vraiment confronter cette idée à ce que je vivais réellement.
Car ce que je vivais réellement ne relevait ni du manque, ni de l’attente, ni du besoin de réciprocité. Il y avait simplement un amour plein, qui me traversait et que je pouvais ressentir alors que ces personnes étaient rentrées dans ma vie… et cela indépendamment de ce qu’elles pouvaient éprouver en retour.
Jusqu’à présent j’ai cru que j’étais… que nous étions l’Amour. Aujourd’hui, je le perçois comme une rivière… c’est une rivière qui est là depuis toujours et qui coule toujours à flots. Je me ressens comme un canal… le lit de la rivière qui est traversé par elle. En fonction, de mon état de porosité qui n’est autre qu’un état de présence,dans l’instant, à Soi et au monde, je peux en ressentir le flux pour tout ou partie.
À l’image d’une rivière, je perçois l’Amour, non plus comme un état mais comme un mouvement… avec des rythmes, une texture, une densité, une puissance ou une légèreté que mon corps capte alors que je suis traversée… Les 5 sens captent et mon propre mouvement est comme soutenu par cette rivière… Je le partageais dans un article précédent, c’est comme s’il y avait maintenant un « bruit de fond » continu d’Amour… comme une présence à moi-même suffisante pour pouvoir sentir en continu l’eau de la rivière couler…
Mes émotions mais également ce que je peux percevoir de l’extérieur ne me débordent plus ou en tout cas moins. Cela ne signifie pas que je ne ressens plus rien, bien au contraire… je décrirais cela plus comme quelque chose de profond plus qu’une forme d’excitation où l’on se sent hors de soi. C’est comme une implosion : la poitrine se dilate… le corps s’ouvre… tout s’expanse à l’intérieur de soi et se ressent depuis cette profondeur.
C’est une expérience qu’il est difficile d’encapsuler dans des mots. Mais cela pourrait ressembler à ce que l’on ressent lorsque l’on regarde un coucher de soleil, la nature… une forme d’émerveillement dont on est à la fois le réceptacle et aussi l’objet non pas en tant qu’individu mais en tant que partie de Cela.
Depuis hier, j’ai pris conscience de ce qu’il y a derrière ce plaisir que j’ai à écrire à la plume dans mon carnet. En écrivant, je manifeste dans le geste de ma main et les mots qu’elle trace sur le papier, le mouvement de mes pensées… l’écriture… une trace de ce mouvement… le coup de plume, le tracé plus lisse, plus calme, plus vivace…
J’ai l’impression que si mon corps se meut, c’est qu’il est mû par quelque chose qui est au-delà de ma propre volonté. Un mouvement animé par autre chose — les pensées… une inspiration… une intention… des mouvements d’un même Mouvement plus vaste… c’est un mystère que je perçois et que j’ai juste envie de laisser là… à la beauté ineffable d’ÊTRE…
Cette perception du Mouvement n’est pas nouvelle mais c’est depuis ce début d’année que je le ressens plus incarné… Cela commence toujours par ce qui émerge dans ma pratique du Tai Chi et qui s’étend à toute ma Vie.
Je saisis que l’incertitude a du sens dans un monde qui a besoin de contrôler, de figer des états, de calculer des probabilités… de tout prévoir… réduire les peurs face à un futur perçu comme incertain… inconnu.
J’ai l’impression que si on parle tellement d’incertitude aujourd’hui et de la façon de l’appréhender c’est peut être pour nous amener à reconnaître que tout est mouvement, tout simplement car le mouvement c’est la nature même de la Vie… la Vie et chaque être vivant sont mouvement. Cela induit que tout ce que nous pensons, faisons à un instant t est déjà en train de se transformer… L’état n’est qu’une photo, un instantané d’un mouvement que l’on fige à un instant t… quand le mouvement est une succession d’états.
Aussi, si l’on change de paradigme et que l’on voit et ressent les choses comme un Mouvement alors l’incertitude devient simplement une transformation naturelle de toute chose…
Peu importe comment nous saisissons l’instant (écriture, enregistrement, création, réalisation), le Mouvement, lui, se poursuit « inexorablement ». C’est je crois pour cela qu’il n’est pas possible de nous laisser définir par un état, car tout simplement il est déjà en train de se transformer alors que notre Mouvement continue. Toutefois chaque photo, chaque mot déposé, chaque création, chaque réalisation révèlent le Mouvement…
Ado, adulte, je me souviens de ces périodes où je me suis sentie perdue, confuse… Ce sont des moments de la vie où il n’est plus possible de rester à la surface… elles obligent à plonger… plonger en Soi… et l’écriture est sans doute ce mouvement, pour moi, qui me permet de plonger… regarder là où la lumière n’éclaire pas et révéler ce dont j’ai besoin pour retrouver du sens.
Plonger en Soi appelle à se regarder depuis Soi… depuis l’intérieur. Le regard se déplace… On ne voit plus les choses depuis l’extérieur… depuis la surface mais depuis Soi… cet axe. Et j’ai l’impression que c’est un peu comme si l’on se stabilisait pour pouvoir voir l’ensemble… et se voir dans l’ensemble.
Plonger dans cette profondeur… notre profondeur. On y est poussé à chaque fois que la vie nous bouscule. Et je vois ce mouvement : plonger, revenir à la surface, plonger, revenir à la surface… à chaque fois, on plonge de plus en plus profondément… jusqu’à cette bascule où dans cette profondeur, nous nous reconnaissons (ce n’est pas un concept c’est quelque chose de très incarné)… et notre regard reste au fond… on regarde la surface et son agitation depuis le fond… depuis Soi. Alors, notre vision du monde, notre façon d’être au monde changent radicalement…
C’est depuis cet endroit aujourd’hui que ma perception de l’amour a changé et avec, celle du couple et, plus largement, celle de ces rencontres qui vous traversent et vous marquent.
Si l’amour est cette rivière qui coule à flots en continu et que nous sommes des canaux qui sommes traversés par lui alors, une rencontre serait deux canaux qui se rejoignent pour former une confluence.
À cette confluence, les canaux peuvent être plus ou moins creusés… et si on imagine, qu’ils soient tous deux profonds… alors, la confluence devient un espace où la rivière peut s’expanser…
Deux êtres d’une certaine porosité, d’une présence suffisante à eux-mêmes, pour regarder et vivre leur propre mouvement depuis leur profondeur… et dans leur mouvement, vivre l’expérience d’explorer ensemble à cette confluence cet Amour entier qui les traverse…
Et pour certaines rencontres, au spirituel s’ajoute le charnel… il ne s’agit plus de faire l’amour… - cette expression m’a toujours fait sourire comme faire la vaisselle - ce n’est plus un désir de l’amour romantique, comme une excitation, un besoin organique à assouvir, mais un désir depuis la profondeur…quelque chose qui ne déborde pas et parce qu’il ne déborde pas est profondément intense… un élan pour explorer cet Amour entier qui traverse deux êtres à travers leurs deux corps… une exploration incarnée… depuis la densité de leur présence…
Deux êtres complets… qui explorent leur complétude ensemble… 1+1 =3
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La musique qui m’a accompagnée dans cette écriture : We all fall in love sometimes - interprète Coldplay I musique Elton John, paroles Bernie Taupin - 1975 I


