La terrasse du café est pleine. Nous prenons d’assaut la dernière table libre.
Il fait beau, le ciel est de ce bleu unique du bord de mer…
Nous nous installons confortablement. Les cafés arrivent… Je me prépare à déguster mon café noisette.
À la table voisine une dame d’une soixantaine d’années s’affaire sur son téléphone portable. Elle est rejointe quelques minutes plus tard par un monsieur qui semble un peu plus âgé qu’elle. Il a un peu de mal à marcher.
« Dis donc c’est étroit pour passer, je vais finir à l’eau ! » lui lance-t-il alors qu’il essaie de s’asseoir.
« Tu devrais prendre ta canne, tu serais plus à l’aise. »
Le monsieur ne répond pas à cette observation, il semble suivre un autre fil… « J’ai reçu ton message mais avec le soleil je n’ai pas pu le voir. »
« Effectivement, avec le soleil ce n’est pas facile de voir l’écran, tu devrais le mettre sous la table. Moi c’est ce que je fais. »
La conversation s’enclenche alors que le monsieur est maintenant en sécurité sur sa chaise.
« J’ai oublié de mettre mes appareils auditifs. »
« Tu devrais toujours les avoir avec toi. Moi j’ai une deuxième paire de lunettes dans mon sac. » lui répond la dame.
Elle continue cette fois.
« Je suis allée à la banque pour retirer de l’argent. C’est bien pour payer des petites choses. Tu devrais en retirer pour aller au marché. »
Je souris… Je me revois dans ces années où je pensais que ma façon de voir et de faire était la meilleure — et parce que c’était la meilleure, comment aurait-il été possible de voir, et même d’imaginer, autrement !
Je me revois dans cette incompréhension totale de l’autre : ses choix, ses comportements, ses priorités.
Et finalement, ce qui m’a peut-être sauvée de devenir un vrai tyran, c’est d’avoir eu la chance d’avoir autour de moi des gens qui avaient oublié leurs appareils auditifs.


