Le voile
Je me lève le corps engourdi et douloureux… toujours cette impression d’avoir passé la nuit dans une machine à laver sur le programme essorage maximum.
Je me lève le corps engourdi et douloureux… toujours cette impression d’avoir passé la nuit dans une machine à laver sur le programme essorage maximum.
Ce matin, les entrées maritimes enveloppent la ville d’un voile doux et feutré… la lumière du soleil tamisée derrière la brume donne une touche ouatée à l’atmosphère qui résonne avec mon état physique.
Je me prépare pour aller au jardin pratiquer. Il fait frais. C’est Pâques et tout le quartier semble s’être donné rendez-vous à la même heure à la boulangerie du coin. Je renonce à prendre mes croissants là et je tente une autre boulangerie un peu plus loin… mais il y a une queue encore plus longue qui déborde sur le trottoir.
Finalement, je m’installe à la terrasse d’un café pour déguster un croissant chaud et un petit café noisette… La terrasse est déserte, la rue si calme… je me love dans cet engourdissement comme dans une couette moelleuse… mon corps se détend… mon regard se perd dans le vague… je me laisse porter tout en savourant ce petit déjeuner improvisé… les tensions me lâchent...
Je rejoins mes compagnons de pratique au jardin. L’échauffement est interrompu par le sauvetage d’un pigeon du bec acéré d’un goéland… salement amoché le pigeon mais vivant. Nous le cachons dans un bosquet...
Nous revenons à notre pratique. J’ai eu de très belles sensations… sensation de me sentir si vivante… sentir la Vie en moi qui pulsait. Elle revient en moi avec cette intensité deux semaines après une blessure due à l’accumulation de tensions dans mon corps. Et oui, il y a des jours sans et des jours avec…
Un jeune garçon s’approche de nous attiré par le sabre et l’éventail. Sur son grand T-shirt, une illustration du manga japonais Naruto.
Il associe le sabre au combat, attaquer, se défendre. Son visage est sérieux presque grave pour son âge - 9 ans.
Nous apprenons qu’il a perdu son père il y a deux ans. Il fait partie d’une grande famille recomposée : 10 frères et sœurs et déjà tonton.
Alors que nous échangions avec lui sur les arts martiaux et que je lui montrais comment tenir un éventail, un monsieur l’a interpellé. J’ai entendu « ILS savent que tu es là ? Je te surveille tu sais. » Le gamin a répondu du bout des lèvres « Oui, je LEUR ai dit. » Et il a continué à discuter avec nous puis s’est essayé au sabre : il a fait cela plutôt bien - j’ai entendu le sabre siffler : il a bougé avec tout le corps et pas que le bras ou le poignet…
… un gamin déjà avec des blessures…
Le monde des mangas, sa trottinette, se lever avant tout le monde, s’échapper de la bulle familiale un instant… respirer… exister…
Très curieux du bâton, de l’éventail et du sabre, ses yeux pétillent… peut-être un futur petit padawan…
Pour lui comme pour nous, cela a été de ces rencontres qui marquent.


