Dimanche d’une mi-avril
C’est un dimanche nuageux après le temps exceptionnellement caniculaire des derniers jours. Le ciel est lumineux… cette lumière si singulière au ciel gris des bords de mer… J’aime ce temps…
Je m’installe à la terrasse du café après le cours de Tai Chi. Il y a peu de monde… je suis comme un coq en pâte avec le café noisette que je n’ai maintenant plus besoin de commander… un coq en pâte dont ils connaissent bien les habitudes.
Je laisse mon regard se perdre dans les couleurs gris-bleutées de cette fin de matinée. Je glisse dans mon corps qui se détend…
Aller jusqu’au bout de la ville voir la mer, passer par la chapelle du quartier haut pour voir cette exposition “Je t’aime mais j’ai la flemme”.
Il y a du monde dans la chapelle… C’est dictée ! La dictée des dernières journées de l’Amour… la dictée de la flemme de l’Amour. Les participants sont en train de s’installer. Je me hâte de regarder les œuvres accrochées aux murs avant de ne plus pouvoir passer sans défaire les rangs de ce banc d’écoliers nostalgiques.
Je ne suis jamais vraiment touchée par des œuvres… je viens là plus par curiosité… voir… et je vois que l’Amour même en flemme a toujours ces mêmes formes : les formes de la femme, les formes de sexe masculins et féminins ensemble ou séparés, les formes de cœur.
Il y a toutefois une histoire que j’ai adorée. Elle est présentée sous la forme d’une bande dessinée en 4 temps : l’histoire d’un bonhomme tellement flétri par le temps qu’il peut réaliser avec sa peau du cou toute distendue : une rose, un cœur, un nœud papillon et pour arriver à une forme proche de celle d’un cou de dindon avec cette chute magnifique… et il trouva l’âme sœur… un dindon !
La dictée a commencé… c’est un récit sur l’Amour empaqueté dans des mots d’académicien… cela me fait penser à la dictée de Bernard Pivot… Ce ne serait pas une dictée s’il en était autrement : le zéro faute se mérite comme l’amour.
J’écoute de loin la voix monocorde qui hache chaque phrase en mots et ponctuations lesquels sont repris en écho par une deuxième voix. Cela donne vraiment la flemme d’aimer !
Je reprends le chemin vers la mer… c’est un endroit que j’aime particulièrement… m’asseoir là juste derrière la digue… l’horizon dégagé… l’air du large… le bruit des vagues… l’odeur salée… un appel magnétique à ailleurs… au voyage…
Le ciel s’est assombri… Le vent souffle un peu plus fort. Je reviens vers la ville.
Sur la place de la mairie, des marchands de livres d’occasion. Cela fait longtemps que je n’ai pas lu et encore plus longtemps des romans. Je me sens d’humeur chineuse… je m’arrête sur un étal… mon regard capte rapidement la couverture noir et rouge d’un livre - elle me rappelle la couverture de ce roman suédois “Millénium” que j’ai dévoré lors d’un voyage à Bratislava - son graphisme met mal à l’aise juste ce qu’il faut… un polar suédois lui aussi… je lis le résumé au dos “son amie tailladée”… “un village où elle croyait connaître tout le monde”… “le policier amoureux”… J’hésite… mais je sais déjà que je vais le prendre - envie de me détendre avec des secrets et meurtres sordides - le marchand est en train de remballer… Je lui tends le livre pour régler, il me regarde le regard pétillant “excellent choix pour faire des cauchemars…” je lui rends un regard complice… “le pire c’est que je crois que je vais le finir trop vite…”
Je serre le livre dans ma main… la texture de cette promesse d’une plongée dans les affres de la nature humaine douillettement lovée sur mon canapé…
Je fais le tour des autres stands qui confirme le très bon choix que je viens de faire puis je prends le chemin de la maison. Il commence à pleuvioter et très vite la pluie commence à tomber plus fort.
Le ciel est magnifique… comme le ciel d’une pluie d’été… je suis trempée… je savoure le toucher des gouttes glacées qui ruissellent sur mon visage… l’odeur de la pluie…
La saveur d’un dimanche après-midi pluvieux…


