Je tombe ce matin sur un article publié sur LinkedIn…
L’article commence par :
« Hé les filles j’ai une bonne nouvelle pour vous, on vient de cartographier avec précision le système nerveux du clitoris…»
Puis l’auteur enchaîne en faisant un lien entre la connaissance du corps et l’amour…
L’amour de couple vers l’amour, relation à soi, relation aux autres, relation au vivant…
Pour aboutir à un « call to action » inscrivez-vous à la conférence que je donne : « C’est quoi l’amour pour vous ? »
le corps de la femme et notamment le clitoris comme accroche pour participer à cette conférence « C’est quoi l’amour pour vous ? »
Je ressens de l’agacement…
le corps de la femme et notamment le clitoris comme une instrumentalisation pour vendre sa conférence… l’amalgame entre amour, plaisir, désir…
cette posture en aplomb et en surplomb de cet homme qui révèle aux « filles » que ça y est la cartographie précise de leur intimité a été trouvée sans se rendre compte qu’elle leur est sans doute moins utile qu’à des médecins ou ceux qui ne connaissent pas cet organe…
ces postures qui glissent à l’insu des personnes elles-mêmes d’un chemin (leur chemin) au chemin (LE chemin)…
ces postures qui semblent ne pas SE voir… l’angle mort… des personnes qui parlent en toute sincérité et de la façon la plus honnête qui soit de « développement personnel », d’ « accompagnement », qui parlent d’« avoir beaucoup travaillé sur elles-mêmes » mais dont les mots ne sonnent pas juste avec la structure des phrases, les formats et formes utilisés (dissonance entre le fond et la forme) - concrètement parler par exemple de transformation alors que tout le discours est figé dans des certitudes.
Ces postures emballées… vues et revues structurées de la même façon , prévisibles… lisses… consensuelles… efficaces que je reconnais pour les avoir moi-même apprises et qui visent à capter pour vendre !
Cela m’afflige d’autant plus que ce sont des personnes reconnues, avec déjà une certaine notoriété laquelle anesthésie le regard critique. La notoriété devrait être encore plus engageante en terme de responsabilité non pas dans le sens de culpabilité mais de capacité à répondre de ce qu’on produit. Donc cela nécessite de l’humilité non pas dans le sens modestie (qui pour moi est un orgueil déguisé) mais bien de savoir exactement où l’on se situe, d’où l’on parle.
Je ne serai pas cohérente si je ne reconnaissais pas que je suis moi-même passée par cette case « certitudes »… simplement la vie a fait qu’en avançant, j’ai senti plus mon mouvement qu’un état et si définir et saisir un état est possible cela l’est moins pour un mouvement sans le limiter… Ce que je voyais comme des certitudes n’étaient finalement que des instantanés… quelque chose qui est là à un instant t et qui est déjà en train de se transformer… c’est un mouvement… c’est vivant… C’est en tout cas ainsi que je le perçois aujourd’hui.
Alors vous me direz qu’on ne peut plus parler de rien… si bien sûr et bien au contraire… mais rien n’a de véritable sens si on ne sait pas déjà soi même d’où on parle, et si on ne reconnaît pas à minima la relativité de sa propre expérience…


