Démocratie 2.0
Les récentes municipales 2026 rejouent ce que l'on voit depuis bien longtemps dans le paysage politique français : un camp de gagnants, un camp de perdants...
Est-ce que la démocratie aujourd’hui peut encore faire des gagnants et des perdants… des camps quand nous partageons tous un même territoire, une même ville… un même lieu de vie que nous habitons ensemble.
C’est cette question que je me suis posée alors que je me tenais devant la mairie face à l’écran géant où s’affichaient au fur et à mesure les résultats des différents bureaux de vote.
Accrochée au score du candidat pour lequel j’avais voté, le cœur palpitant quand le score montait, le cœur en berne quand il descendait… j’étais portée par l’espoir… l’espoir que le camp pour lequel j’avais voté gagnerait… l’espoir que “mon” candidat serait l’ÉLU !
Et alors que la soirée avançait, l’espoir s’est transformé en résignation… Je n’ai pas pu m’empêcher pourtant de sourire quand j’ai entendu les partisans de l’autre camp crier victoire… J’ai imaginé cette même joie si “mon” camp avait gagné !
Les règles institutionnelles sont ainsi faites et aujourd’hui encore que c’est intégré et accepté que la majorité gagne et les minorités perdent. C’est intégré et accepté qu’il y ait des camps. C’est intégré et accepté qu’il est impossible de gouverner sans majorité absolue.
Et j’avoue que je le ressens comme une forme d’injustice.
Je me questionne sur la démocratie d’aujourd’hui… et je vois qu’il n’est pas possible de rompre avec cette démocratie de gagnants et de perdants, de camps, de majorité et de minorités tant qu’on ne prendra pas conscience que la façon dont nous vivons notre démocratie est la même façon dont on vivrait une guerre. Il suffit déjà d’observer le champ lexical utilisé : on part en campagne; les autres camps sont les adversaires à vaincre; mobilisation; quartier général; bataille électorale; conquête d’une région ou d’un électorat; stratégie; manœuvre; tactique; etc.
Cela questionne sur ce que l’on met derrière le mot “démocratie”.
Pour ma part, nous sommes, aujourd’hui, au bout d’un système démocratique qui rejoue un même schéma où les règles institutionnelles renforcent les divisions, un mode de gouvernance souverain, une organisation pyramidale du pouvoir qui le concentre.
Le jeu démocratique tel que nous le jouons aujourd’hui n’est plus équitable car les règles du jeu créent l’inéquité et malmènent la liberté, l’égalité, la fraternité. Il ne s’agit pas de dénoncer ce qui a été mais plus d’apprendre de ce qui a été et reconnaître ce qui ne marche plus aujourd’hui au regard de l’évolution des consciences dans notre société.
Pour moi, ce n’est plus juste d’avoir un camp de gagnants et un camp de perdants car gagner se fait toujours au détriment des uns et au bénéfice des autres. Je crois que là où nous sommes aujourd’hui, il est envisageable de bousculer ce monde là qui fabrique des gagnants et des perdants… qui divise une population qui pourtant partage et habite un même territoire.
Tout cela vient me questionner sur les règles institutionnelles et plus largement les règles.
Est-ce que la règle aujourd’hui est bien au service d’une vision du bien vivre individuel et collectif sur un territoire ?
Est-ce que la règle ne dessert pas l’intérêt des uns au profit de l’intérêt des autres ?
Quand est-ce qu’une règle doit être abandonnée ou en tout cas questionnée ?


